
La responsabilité du paiement des peintures après un dégât des eaux ne dépend pas de qui est en tort, mais de la nature juridique des biens endommagés et des mécanismes de la convention IRSI.
- Les peintures et papiers peints sont des « embellissements » relevant de l’assurance du locataire ou du propriétaire occupant.
- L’indemnisation est systématiquement réduite par un coefficient de vétusté, qui est cependant négociable sur présentation de preuves (factures, qualité des matériaux).
Recommandation : Ne subissez pas la décision de l’expert. Documentez l’état et la qualité de vos embellissements pour négocier activement le taux de vétusté et choisir entre une indemnité financière directe (gré à gré) ou l’intervention d’une entreprise.
Le mur sèche, mais la tension monte. Après un dégât des eaux, une fois la fuite maîtrisée, la question la plus conflictuelle émerge souvent entre locataire et propriétaire : qui doit payer pour que le mur jaunissant ou le papier peint gondolé retrouve son aspect d’origine ? La réponse semble simple en apparence, souvent résumée à un « c’est l’assurance qui paie ». Pourtant, cette affirmation masque une réalité complexe, source de nombreux litiges. Le vrai désaccord ne porte pas tant sur le principe du paiement, mais sur le montant de l’indemnisation et les modalités de la remise en état.
Le conflit s’articule autour de notions souvent mal comprises : la différence entre un mur et un « embellissement », le calcul opaque du coefficient de vétusté qui ampute une large part du remboursement, ou encore les conséquences du choix entre une entreprise agréée et un artisan indépendant. Beaucoup de locataires et de propriétaires se sentent démunis face au jargon des assurances et aux propositions d’indemnisation qu’ils jugent insuffisantes. Ils subissent des décisions sans savoir qu’ils disposent de leviers pour les contester et les négocier.
Mais si la véritable clé n’était pas de chercher un responsable, mais de comprendre les règles du jeu de l’indemnisation pour en devenir un acteur éclairé ? Cet article adopte une approche de médiation, basée sur le droit et les conventions d’assurance. Nous allons décortiquer, étape par étape, les mécanismes qui régissent la prise en charge des travaux de peinture. Vous découvrirez pourquoi votre papier peint n’est pas traité comme le mur qu’il recouvre, comment la convention IRSI dicte la gestion de votre dossier, et surtout, quelles sont vos options concrètes pour négocier une indemnisation juste et choisir la solution de réparation qui vous convient le mieux. L’objectif : transformer une situation de conflit en une résolution équitable pour les deux parties.
Pour naviguer clairement dans ce processus complexe, cet article est structuré pour vous guider depuis les fondements juridiques jusqu’aux choix pratiques. Le sommaire ci-dessous vous permettra d’accéder directement à la réponse qui vous préoccupe.
Sommaire : La gestion complète de la remise en état après un dégât des eaux
- Pourquoi votre papier peint est un « embellissement » et pas le mur lui-même ?
- Pourquoi le locataire doit s’assurer contre les risques locatifs sous peine d’expulsion ?
- Indemnisation des recherches de fuite : qui paie le plombier si la fuite est inaccessible ?
- Comment la convention IRSI simplifie (ou complique) votre remboursement ?
- Le choc de la vétusté : pourquoi on ne vous rembourse que 30% de la peinture neuve ?
- Comment négocier une indemnité gré à gré pour repeindre soi-même ?
- Entreprise agréée ou Artisan de votre choix : quelle différence de délai ?
- Quand planifier les travaux : vivre dans les odeurs de peinture ou se reloger ?
Pourquoi votre papier peint est un « embellissement » et pas le mur lui-même ?
En droit des assurances, la distinction entre le contenant et le contenu, ou plus précisément entre l’immobilier et le mobilier, est fondamentale. Le mur porteur, la dalle de béton ou les cloisons en plâtre sont considérés comme la structure immobilière. La responsabilité de leur entretien et de leur réparation incombe au propriétaire et est couverte par son assurance de propriétaire non-occupant (PNO) ou celle de la copropriété. En revanche, tout ce qui sert à décorer ou à finaliser l’aspect de ces murs est qualifié d’embellissement. Cela inclut les peintures, les papiers peints, les enduits décoratifs, les miroirs fixés, ou encore les moquettes et parquets flottants.
Ces embellissements sont considérés comme appartenant à l’occupant du logement au moment du sinistre. C’est donc l’assurance multirisque habitation (MRH) du locataire (ou du propriétaire occupant) qui est chargée de les indemniser. C’est le premier point clé à comprendre : même si le locataire n’a pas posé lui-même le papier peint, il est réputé en avoir la jouissance et la responsabilité de son assurance au titre des « risques locatifs ». Cette distinction explique pourquoi l’expert va séparer dans son rapport ce qui relève de la structure (au propriétaire) et ce qui relève de la finition (au locataire).
La frontière peut parfois être floue, notamment pour des aménagements fixes. Un élément mobile comme une bibliothèque posée au sol est un bien mobilier. Mais si elle est conçue sur mesure, scellée au mur et ne peut être enlevée sans détérioration, elle peut être requalifiée.
Cas pratique : la bibliothèque encastrée requalifiée en immeuble par destination
Un locataire avait fait installer une bibliothèque sur mesure, fixée solidement au mur. Lors d’un dégât des eaux, l’expert d’assurance a analysé la situation. Étant donné que l’installation était scellée de manière permanente et ne pouvait être dissociée du mur sans l’endommager, il l’a requalifiée en « immeuble par destination ». Juridiquement, cela signifie que le bien, bien que meuble par nature, est considéré comme faisant partie intégrante de l’immeuble. La conséquence fut directe : l’indemnisation n’a plus été prise en charge par l’assurance du locataire, mais par celle du propriétaire, avec une valorisation supérieure car l’aménagement était vu comme une amélioration durable du bien immobilier.
Cette différenciation est donc la pierre angulaire de la répartition des responsabilités et des indemnisations entre les différentes assurances impliquées.
Pourquoi le locataire doit s’assurer contre les risques locatifs sous peine d’expulsion ?
L’obligation pour un locataire de souscrire une assurance habitation n’est pas une simple formalité administrative, c’est une exigence légale fondamentale inscrite dans la loi du 6 juillet 1989. Chaque année, à la date anniversaire du bail, le propriétaire est en droit d’exiger une attestation d’assurance. Cette obligation a un but précis : protéger le propriétaire contre les dommages que le locataire pourrait causer au bien loué (incendie, explosion, dégât des eaux). C’est ce qu’on appelle la garantie des risques locatifs, le socle minimal obligatoire de tout contrat d’assurance habitation pour un locataire.
Ne pas respecter cette obligation peut avoir des conséquences très graves. Si le locataire ne peut fournir l’attestation, le propriétaire peut, après une mise en demeure restée sans effet pendant un mois, souscrire une assurance pour le compte du locataire et en répercuter le coût (majoré de 10%) sur le loyer. Plus radicalement, le défaut d’assurance est un motif légitime et sérieux de résiliation du bail, pouvant mener à une procédure d’expulsion. Au-delà de l’aspect légal, les conséquences financières d’un sinistre sans assurance peuvent être désastreuses pour un locataire.
En cas de dégât des eaux, le locataire non assuré devra personnellement indemniser tous les dommages dont il est jugé responsable. Cela inclut non seulement la remise en état des embellissements de son propre logement, mais aussi les dégâts causés aux voisins ou aux parties communes. Les montants peuvent très vite devenir exorbitants, se chiffrant en milliers, voire dizaines de milliers d’euros. Selon les données de France Assureurs, le coût d’un sinistre s’élève à 1 761€ en moyenne par sinistre en 2024, un chiffre qui peut exploser en cas de dommages étendus.
Étude de cas : le recours direct du propriétaire contre un locataire non assuré
Suite à une fuite provenant d’un lave-linge défectueux, un locataire non assuré a été tenu de dédommager personnellement un total de 8 500 € de dommages. Cette somme comprenait 3 200 € pour les peintures et sols de son propre logement, 2 800 € pour l’indemnisation du voisin du dessous dont le plafond était touché, et 2 500 € directement au propriétaire pour la réparation du parquet massif endommagé. Face à cette situation, le propriétaire a engagé la clause résolutoire du bail pour défaut d’assurance, a obtenu l’expulsion du locataire et a conservé l’intégralité du dépôt de garantie pour couvrir une partie des frais.
En somme, s’assurer est la condition sine qua non pour que le débat sur la prise en charge des peintures puisse même avoir lieu dans un cadre apaisé et réglementé.
Indemnisation des recherches de fuite : qui paie le plombier si la fuite est inaccessible ?
Avant même de penser à repeindre, il faut stopper la cause du sinistre : la fuite d’eau. Lorsque son origine est évidente (un joint de robinet, un siphon qui goutte), la question du paiement est simple : la réparation incombe au propriétaire de l’installation défectueuse. Mais que se passe-t-il lorsque la fuite est invisible, cachée dans un mur, un sol ou un plafond ? La recherche de fuite peut alors nécessiter des investigations « destructives » (casser une cloison, un carrelage) et coûteuses. La question de la prise en charge devient alors primordiale.
La convention IRSI (Indemnisation et Recours entre Sociétés d’Assurance) a clarifié ce point. La règle est la suivante : la recherche de fuite est systématiquement prise en charge par l’assureur de l’occupant du local où cette recherche a lieu, et ce, même si la fuite provient d’ailleurs. Concrètement, si un plombier doit casser votre mur pour trouver une fuite qui vient de l’appartement du dessus, c’est votre propre assurance habitation qui paiera la facture de recherche. Cette prise en charge se fait généralement sans application de franchise. C’est une mesure essentielle pour ne pas retarder la résolution du problème par des conflits sur le paiement de l’investigation.
Il est important de noter que cette garantie couvre les frais de recherche et la remise en état des biens endommagés *par cette recherche*. Par exemple, si le plombier a dû casser du carrelage, votre assurance paiera le remplacement de ce carrelage. En revanche, la réparation de la cause de la fuite (le tuyau défectueux dans le mur) reste à la charge du propriétaire de cette canalisation (le voisin, la copropriété…). Votre assureur se retournera ensuite contre l’assurance du responsable. L’ampleur de ces sinistres est considérable, car sur les 4 160 dégâts des eaux sont déclarés chaque jour en France, près d’un tiers nécessite une investigation complexe.
Vous avez le droit de choisir votre propre plombier, mais il est fortement conseillé de prévenir votre assureur avant l’intervention pour valider la prise en charge et éviter tout litige sur le montant de la facture.
Comment la convention IRSI simplifie (ou complique) votre remboursement ?
La convention IRSI (Indemnisation et Recours entre Sociétés d’Assurance) a été mise en place par les assureurs pour accélérer et simplifier la gestion des dégâts des eaux dont le montant est inférieur à 5 000 € HT. Son principe directeur est de désigner un assureur gestionnaire unique, qui sera votre seul et unique interlocuteur tout au long du processus. En général, il s’agit de l’assureur de l’occupant du logement sinistré (le locataire ou le propriétaire occupant). C’est lui qui mandate l’expert, évalue les dommages et vous indemnise, avant de se retourner, si nécessaire, contre les assureurs des autres parties éventuellement responsables (voisin, copropriété).
Cette simplification apparente cache une mécanique précise basée sur le montant estimé des dommages. Le processus d’indemnisation varie en fonction de la tranche dans laquelle se situe votre sinistre.
La convention IRSI organise la gestion des sinistres selon des seuils financiers précis. Comprendre ces tranches est essentiel pour anticiper les délais et les modalités d’expertise, comme le détaille une analyse comparative des procédures IRSI.
| Montant du sinistre | Tranche IRSI | Gestion | Expertise | Délai moyen |
|---|---|---|---|---|
| < 1 600€ HT | Tranche 1 | Assureur gestionnaire seul | Sur photos | 15 jours |
| 1 600-5 000€ HT | Tranche 2 | Assureur gestionnaire + recours | Expert unique | 30 jours |
| > 5 000€ HT | Hors IRSI | Droit commun | Experts contradictoires | 45-60 jours |
Si ce système accélère les choses pour les petits sinistres (Tranche 1), il peut aussi devenir une source de frustration. L’évaluation rapide sur photos peut conduire à une sous-estimation des dommages. L’expert unique de la Tranche 2, bien que mandaté pour être impartial, reste missionné par un assureur. Il est donc crucial de rester vigilant et de ne pas accepter passivement la première proposition venue.
Votre assureur est votre seul et unique interlocuteur. Ne vous laissez pas balader entre l’assurance du voisin, du syndic ou du propriétaire.
– Expert en sinistres IRSI, Guide pratique de la convention IRSI
Votre plan d’action pour une indemnisation IRSI juste
- Exiger le détail chiffré : Demandez à l’expert ou à l’assureur une évaluation détaillée, poste par poste (préparation des murs, type de peinture, nombre de couches), et non un montant global.
- Comptabiliser les dommages indirects : N’oubliez pas de déclarer les frais annexes comme le nettoyage, la protection du mobilier, ou les biens mobiliers endommagés (livres, appareils électroniques…).
- Faire valoir la « valeur à neuf » : Si votre contrat d’assurance inclut cette option, rappelez-le à l’expert. Cela permet de limiter ou de supprimer l’application de la vétusté.
- Ne pas se précipiter : Refusez poliment une proposition d’indemnisation qui vous semble trop rapide ou sous-évaluée. Vous avez le droit de demander une contre-expertise ou de fournir vos propres devis.
- Conserver vos droits : Sachez que vous disposez d’un délai de deux ans après le sinistre pour produire des factures complémentaires si vous découvrez des dommages qui n’avaient pas été vus initialement.
En maîtrisant ces points de vigilance, vous transformez une procédure standardisée en une discussion où votre voix peut être entendue et vos droits respectés.
Le choc de la vétusté : pourquoi on ne vous rembourse que 30% de la peinture neuve ?
C’est souvent la plus grande source d’incompréhension et de conflit : l’expert a validé le devis de l’artisan à 1 000 €, mais l’assurance ne vous propose que 300 €. La raison ? L’application d’un coefficient de vétusté. Le principe de l’assurance est de vous remettre dans l’état où vous étiez *juste avant* le sinistre, et non de vous offrir une rénovation à neuf aux frais de la collectivité des assurés. L’expert va donc évaluer l’usure normale de vos embellissements au moment du dégât des eaux.
Une peinture qui avait 7 ans n’a plus la même valeur qu’une peinture neuve. L’expert va donc appliquer un taux de dépréciation, généralement un pourcentage par année d’ancienneté, qui vient en déduction de la valeur de remplacement à neuf. Pour une peinture standard, ce taux peut être de 10% à 15% par an, souvent plafonné à 70% ou 80%. Ainsi, une peinture de 7 ans peut se voir appliquer 70% de vétusté : sur un devis de 1 000 €, l’indemnité de base ne sera que de 300 €. Cette dépréciation est une réalité incontournable de l’indemnisation.

Cependant, ce coefficient n’est pas une sentence immuable. Il s’agit d’une estimation qui peut et doit être discutée, surtout si vous apportez des éléments concrets pour la contester. La qualité des matériaux utilisés a un impact direct sur leur durabilité et donc sur leur dépréciation. Une peinture professionnelle haut de gamme ne s’use pas au même rythme qu’une peinture premier prix.
Contestation réussie d’un taux de vétusté abusif
Un locataire s’est vu notifier un taux de vétusté de 70% sur des peintures murales refaites seulement 3 ans auparavant. Jugeant ce taux excessif, il a monté un dossier solide : il a fourni la facture originale de l’artisan, des photos datées de la fin des travaux et, point crucial, une attestation du peintre mentionnant l’utilisation d’une peinture de marque professionnelle garantie 10 ans. Face à ces preuves tangibles, l’expert d’assurance a été contraint de revoir son évaluation. Il a reconnu que la qualité supérieure des matériaux justifiait une dépréciation bien moindre que le barème standard et a obtenu une révision du taux à 20%, triplant ainsi l’indemnité finale proposée.
La négociation de la vétusté repose sur des arguments factuels. Un barème standard existe mais il peut être adapté en fonction de la qualité prouvée des revêtements, comme le montre cette analyse des pratiques d’assurance.
| Type de revêtement | Vétusté annuelle standard | Vétusté qualité premium | Arguments de négociation |
|---|---|---|---|
| Peinture acrylique | 10%/an | 5%/an | Facture marque premium |
| Papier peint | 15%/an | 7%/an | Intissé haute résistance |
| Enduit décoratif | 5%/an | 2%/an | Technique artisanale |
| Parquet | 2%/an | 1%/an | Essence noble |
Certains contrats d’assurance proposent une option « valeur à neuf » qui limite ou supprime l’application de la vétusté pour les biens de moins de 5 ou 10 ans. Vérifiez votre contrat, c’est un argument de poids.
Comment négocier une indemnité gré à gré pour repeindre soi-même ?
Une fois le montant des dommages évalué par l’expert (valeur à neuf moins la vétusté), l’assurance vous propose généralement deux options. La première est de mandater une de ses entreprises « agréées » qui viendra réaliser les travaux et sera payée directement par l’assureur. La seconde, souvent plus intéressante mais moins mise en avant, est l’indemnisation de gré à gré. Elle consiste à recevoir une somme d’argent directement, en échange de quoi vous renoncez à faire intervenir une entreprise et vous vous chargez vous-même des travaux (ou de les faire faire).
Cette option offre une grande flexibilité : vous maîtrisez le calendrier, le choix des couleurs, la qualité des peintures, et vous pouvez décider de réaliser les travaux vous-même pour économiser sur la main-d’œuvre. Cependant, le montant proposé n’est pas de 100% de l’évaluation. L’assureur applique une décote car il économise la TVA (si vous n’êtes pas une entreprise) et la marge de l’artisan. Généralement, l’offre se situe entre 60% et 70% du montant du devis d’un professionnel. Mais ce pourcentage est, lui aussi, négociable.

Le choix entre ces deux modes d’indemnisation dépend de vos compétences, de votre temps et de votre volonté de vous impliquer. Chacun présente des avantages et des inconvénients clairs, qu’il faut peser avant de décider.
Pour faire un choix éclairé, il est utile de comparer point par point les deux options, comme le présente ce comparatif des modes de règlement.
| Critère | Indemnité gré à gré | Entreprise mandatée |
|---|---|---|
| Montant perçu | 60-70% du devis pro | 100% pris en charge |
| Avance de frais | Non | Non |
| Garantie décennale | Aucune | Oui |
| Délai de réalisation | À votre rythme | Planning imposé |
| Choix des matériaux | Total | Limité au devis |
| Recours si malfaçon | Aucun | Oui |
Négociation réussie : obtenir 85% du devis artisan
Un assuré a pu négocier une indemnité de gré à gré représentant 85% du devis d’un artisan, au lieu des 65% initialement proposés. Son argumentaire était structuré : il a mis en avant l’économie de 15% de marge pour l’assureur, s’est engagé par écrit à réaliser les travaux sous 15 jours (accélérant la clôture du dossier), a fourni des photos de ses précédentes réalisations de peinture pour prouver sa compétence, et a accepté un contrôle photo avant/après par l’expert. L’assureur a validé cette proposition car elle représentait une économie globale tout en garantissant un résultat de qualité, ce qui démontre qu’une négociation bien préparée peut porter ses fruits.
Attention, en acceptant le gré à gré, vous devenez seul responsable de la qualité des travaux. Ni le propriétaire, ni l’assurance ne pourront être sollicités en cas de malfaçon.
Entreprise agréée ou Artisan de votre choix : quelle différence de délai ?
Si vous écartez l’option de réaliser les travaux vous-même, le choix se porte sur le professionnel qui interviendra. L’assurance vous proposera systématiquement de faire appel à une entreprise de son réseau d’artisans agréés. L’avantage principal est la simplicité : vous n’avancez aucun frais, l’entreprise est payée directement par l’assureur, et les travaux sont garantis. C’est une solution confortable et sécurisante. L’inconvénient est un manque de flexibilité : vous ne choisissez pas l’entreprise, les plannings peuvent être longs et le choix des matériaux est souvent limité à ce qui est prévu dans le devis de l’expert.
Vous avez cependant le droit de refuser cette proposition et de faire appel à l’artisan de votre choix. Cette option vous donne plus de contrôle sur la qualité, le calendrier et la relation avec le professionnel. Le principal obstacle est financier : l’assurance ne paiera votre artisan qu’une fois les travaux terminés et sur présentation d’une facture acquittée. Cela signifie que vous devez avancer la totalité des frais, ce qui peut représenter une somme importante. Les délais d’intervention peuvent aussi varier. Contrairement à une idée reçue, une analyse des délais d’intervention post-sinistre montre que les entreprises agréées interviennent en moyenne sous 21 jours, contre seulement 12 jours pour un artisan libre une fois le devis validé, car ce dernier est souvent plus réactif pour un chantier déjà financé.
Pour concilier le libre choix de l’artisan et l’absence d’avance de frais, il existe une solution juridique : la cession de créance. Il s’agit d’un accord tripartite par lequel vous cédez à votre artisan la « créance » que vous détenez auprès de votre assureur (c’est-à-dire le montant de l’indemnisation). Ainsi, l’assurance paiera directement votre artisan, comme elle l’aurait fait avec une entreprise agréée. Cette démarche, bien que nécessitant un peu de formalisme, est un excellent compromis.
- Obtenir l’accord de principe : Contactez votre assureur pour l’informer de votre souhait de procéder par cession de créance et obtenez son accord écrit.
- Faire établir un devis conforme : Votre artisan doit rédiger un devis détaillé qui correspond aux préconisations du rapport d’expertise.
- Signer l’acte de cession : Vous, votre artisan et votre assureur devez signer une lettre de cession de créance qui formalise l’accord. Des modèles types existent.
- Réaliser les travaux : Une fois l’accord signé, l’artisan peut commencer les travaux en toute sérénité.
- Paiement direct : À la fin du chantier, l’artisan envoie sa facture directement à l’assureur pour être payé.
En somme, le réseau agréé offre la tranquillité, tandis que le choix de son propre artisan, combiné à la cession de créance, offre le contrôle sans le fardeau financier.
À retenir
- La distinction juridique est clé : les peintures sont des « embellissements » pris en charge par l’assurance de l’occupant, et non des parties immobilières.
- La vétusté n’est pas une fatalité : ce coefficient qui réduit votre indemnisation est négociable si vous apportez des preuves de la qualité et de l’âge réel de vos revêtements.
- L’indemnisation de gré à gré est une option stratégique : elle offre une flexibilité totale sur les travaux en échange d’une somme d’argent immédiate, dont le montant peut être discuté.
Quand planifier les travaux : vivre dans les odeurs de peinture ou se reloger ?
Une fois l’indemnisation réglée et l’artisan choisi, une dernière question pratique se pose : quand réaliser les travaux ? La principale contrainte est le temps de séchage complet des murs. Repeindre sur un support encore humide est la garantie de voir apparaître cloques, moisissures et écaillements en quelques semaines, annulant tous les bénéfices des travaux. Selon l’ampleur du dégât des eaux, un séchage naturel peut prendre de plusieurs semaines à plusieurs mois. L’expert en assurance peut préconiser l’utilisation de déshumidificateurs professionnels pour accélérer le processus, une prestation qui est généralement prise en charge.
Pendant cette période, le logement peut être difficilement habitable. Dans les cas les plus sévères, où les dommages sont étendus ou rendent le logement impropre à l’occupation, la question du relogement se pose. La plupart des contrats d’assurance multirisque habitation incluent une garantie « perte d’usage » ou « relogement ». Elle couvre les frais de location d’un logement temporaire ou les nuits d’hôtel si votre résidence principale est inhabitable. Le seuil de déclenchement est souvent lié à la surface touchée ; une étude sur les conditions d’inhabitabilité révèle que 78% des assurances activent la garantie relogement quand plus de 40% de la surface habitable est impactée.
Au-delà de la surface, des critères de santé peuvent justifier un relogement d’urgence, même pour des dommages plus localisés. La présence de moisissures ou l’utilisation de peintures à solvants (contenant des Composés Organiques Volatils – COV) peuvent présenter des risques, notamment pour les personnes les plus fragiles.
Checklist des critères justifiant un relogement
- Profil des occupants : Présence dans le foyer d’un enfant de moins de 3 ans, d’une personne âgée de plus de 75 ans, ou d’une femme enceinte (en raison des risques liés aux COV des peintures).
- Conditions médicales : Existence d’un asthme ou d’une allergie documentée aux produits chimiques ou aux moisissures, attestée par un certificat médical.
- Inhabitabilité fonctionnelle : Impossibilité d’accéder ou d’utiliser une pièce essentielle comme la cuisine, la salle de bain ou les sanitaires.
- Qualité de l’air : Taux d’humidité ambiant persistant supérieur à 70%, mesuré par un professionnel, favorisant le développement de moisissures.
- Nature des travaux : Utilisation prévue de produits fortement émissifs en COV nécessitant une aération prolongée incompatible avec une occupation sécuritaire.
Pour mettre en pratique ces conseils et résoudre votre situation de manière équitable, l’étape suivante consiste à dialoguer avec votre assureur et l’autre partie (locataire ou propriétaire) en vous appuyant sur les devis et les règles que nous avons détaillées.
Questions fréquentes sur l’indemnisation des dégâts des eaux
La recherche de fuite destructive est-elle toujours indemnisée ?
Oui, si elle est nécessaire et réalisée par un professionnel. Les frais de recherche de fuite sont couverts sans franchise par la convention IRSI, car il est primordial de stopper l’origine du sinistre. Cependant, la réparation de la cause elle-même (le tuyau percé, par exemple) reste à la charge du propriétaire de cette installation.
Qui paie si la fuite vient des parties communes ?
Si la fuite provient d’une canalisation des parties communes de l’immeuble, c’est l’assurance de la copropriété (gérée par le syndic) qui doit prendre en charge la recherche et la réparation de la cause. Votre assureur personnel (en tant qu’occupant) gère l’indemnisation des dommages à l’intérieur de votre logement (vos embellissements) puis se retourne contre l’assureur du syndic pour se faire rembourser.
Peut-on choisir son plombier pour la recherche de fuite ?
Oui, vous avez le droit de mandater le professionnel de votre choix pour effectuer la recherche de fuite. L’assurance vous remboursera sur présentation de la facture. Il est toutefois vivement recommandé de contacter votre assureur avant de lancer l’intervention pour obtenir son accord de principe et éviter tout litige ultérieur sur le montant ou la nécessité des investigations.